Quitter ses parents pour construire son couple
Et si la difficulté de construire un couple solide venait parfois d’un lien trop fort avec les parents ? Tomber amoureux, désirer partager sa vie avec un autre est un acte responsable qui demande une vraie décision.
Des parents parfois trop présents
Je pense à ce couple confronté à une présence trop forte des parents. Logés provisoirement dans la maison parentale le temps de mener à bien des travaux dans leur propre maison, ils avaient du mal à vivre une intimité conjugale et familiale. La maman de madame était appelée à la rescousse au moindre coup de panique pour garder la petite fille ou préparer le repas après une journée harassante.
Je pense encore à ces mamans trop bienveillantes qui pour « rendre service » proposent de faire les courses et le repassage. S’il y a bien un lieu de l’intimité, c’est le linge : ne dit-on pas qu’il faut laver son linge sale en famille, mais en famille nucléaire ? De la même manière que la sexualité des parents ne regarde pas les enfants, la sexualité des enfants devenus adultes ne regarde pas les parents. Sous l’apparence de la gentillesse et du service peut se cacher un empêchement à créer la cellule conjugale indépendamment du regard des parents.
Construire son propre foyer
Il est important, particulièrement au début de sa vie commune, qu’un couple construise son intimité avec un certain égoïsme. Comme des galets qui se polissent mutuellement dans la rivière, c’est en confrontant les différences de caractère, d’habitudes familiales, d’éducation, de culture que va pouvoir émerger le mode de fonctionnement de cette nouvelle famille, qui ne sera calqué ni sur l’une ni sur l’autre des familles d’origine, mais empruntera sans doute un peu de chacune.
Accepter de couper le cordon
Du point de vue du couple ou de l’un de ses membres peut exister le besoin de se rassurer en recevant l’assentiment parental, la peur de faire du chagrin à maman, ou tout simplement la solution confortable qui l’arrange bien et permet de faire des économies en mettant les parents à contribution. Mais construire son couple demande d’accepter de couper le cordon, de se comporter comme deux adultes sans laisser l’image que l’on se fait de nos parents ou la pression parentale s’immiscer. Mettre de la distance entre le couple qui naît et les parents semble être une sage résolution. Une amie plaisantait un jour sur les 20 minutes de voiture minimum entre le domicile des parents et celui des enfants, afin de ne pas être envahi par la belle-mère.
Couper le cordon ne veut pas dire s’ignorer, le partage reste nécessaire, dans un grand respect et dans l’écoute des besoins réels. Rien n’interdit bien sûr de partager ses inquiétudes, ses joies ou ses soucis, mais chacun à sa place.
Pascale Jahan, conseillère conjugale et familiale