Réussir l’éducation – Conseils d’un grand-père (2/6)
Philippe, professeur retraité, nous livre « une sorte de clin d’œil à toutes ces petites choses apprises au cours de ma vie et qui donnent un sens à l’éducation. Il ne s’agit pas d’une leçon de morale nostalgique, mais d’une forme de témoignage qui peut servir à tout parent. »
Relus et illustrés par une jeune étudiante, ces textes prennent la forme d’un écrit intergénérationnel, fidèle à l’esprit familial des AFC.
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Après nous avoir fait découvrir l’importance du silence, Philippe nous parle dans ce deuxième épisode d’éducation.
Réussir l’éducation
La difficulté d’une éducation réussie, c’est qu’on n’éduque pas un enfant comme on suit une recette. Chaque enfant, heureusement, est tout à fait différent. Qu’il s’agisse de son caractère ou de la situation du moment, tout est à prendre en compte. Que faire alors si tout est relatif ? Il y a, je crois malgré tout, 5 principes incontournables pour toute éducation réussie à la maison comme à l’école :
- 1. Être réellement présent
- 2. Un équilibre entre l’autoritarisme et le laxisme
- 3. Eduquer avec bienveillance et fermeté
- 4. Un « zéro-mépris » constant
- 5. Et un maximum de douceur
1. Être réellement présent
Je pense qu’un certain nombre d’entre vous se souviennent de ces mercredis assis à regarder les entraînements de gym ou de foot. Mais combien sont toujours là lorsque les enfants ont passé 12-13 ans et qu’ils n’ont soi-disant plus besoin de nos encouragements ?
On ne répètera jamais assez combien le contact physique est primordial. Une présence non pas seulement physique, mais de qualité. Pas besoin de grands moyens, la présence réelle va « du toucher » : câlins, parties de chahut, etc. ; au « faire ensemble » : cuisine, jeu, bricolage, sortie ; en passant par « la parole » : histoires racontées, messages échangés et conseils.
Malgré tous les préjugés qu’ils nous renvoient, je suis persuadé que les adolescents se ressourcent, se structurent et se personnalisent bien mieux s’ils continuent à avoir ces échanges avec leurs parents. Car notre présence leur donne de l’importance. Autrement dit, de l’amour ! Passer ces temps ensemble, c’est créer un lien spécial qui les comblera. Il faut cependant veiller à ce que cette présence ne soit ni envahissante ni exclusive.
2. Un juste milieu entre laxisme et autoritarisme
Nous savons tous qu’il existe deux types de parents : ceux qui ne cèdent rien à leurs enfants, qui attendent de la discipline avant tout et qui n’accordent que peu de droits ; et ceux qui ont démissionné et n’hésitent pas à donner « carte blanche » aux professeurs, ne sachant plus comment s’y prendre. Eh bien, j’ai appris combien ces deux attitudes extrêmes étaient néfastes pour le jeune.
Car d’un côté, inculquer autoritairement et tout réglementer bloque l’initiative et la construction de la personnalité. Mais de l’autre, laisser faire, en estimant que toute expérience personnelle est formatrice, empêche le jeune de se structurer et de s’intégrer à la vie sociale qui passe par le respect des règles. Il nous faut donc essayer de naviguer entre ces deux attitudes, laissant le maximum d’autonomie dans un cadre bien établi. Tout comme en sport, il faut à la fois fixer des règles, mais aussi laisser le jeu se développer librement. Ça n’empêche pas que le carton jaune doit être rapidement et fermement sorti. Mais comment établir des règles solides et justes ? C’est sur ce point que les trois principes nous éclairent, mêlant explications, bienveillance et douceur.
3. Eduquer avec bienveillance et fermeté
Une éducation bienveillante et ferme ne repose donc pas sur des règles pour des règles avec ce fameux : « parce que c’est comme ça ». À toute demande, que ce soit pour interdire ou demander un comportement correspond une raison. Le parent peut choisir de l’exprimer ou non, selon l’âge, la situation ou le besoin de l’enfant. Le « va te coucher » ou « mets tes chaussons », en passant par « ne touche pas au gaz », peut se transformer en « Il faut aller te coucher, sinon tu risques d’être fatigué à l’école demain », ou « mets tes chaussons pour éviter de salir la maison que je viens de nettoyer », ou « ne touche pas au gaz, tu pourrais te brûler gravement ».
C’est trop long ? C’est idiot, parce que c’est évident ? Et pourtant, c’est un facilitateur pour le parent, car l’enfant aura tendance à mieux obéir. C’est également bénéfique pour l’enfant, puis l’adolescent : il a besoin d’une raison, d’un sens. D’autant plus qu’il prendra l’habitude d’agir aussi avec raison et sera ensuite capable d’expliquer pourquoi il agit de telle manière. C’est lui donner la possibilité de devenir un « expliquant » et non seulement un « appliquant ».
La bienveillance n’exclut pas la fermeté, bien au contraire, l’enfant pour grandir sereinement a besoin d’un cadre ferme donné par ses parents, qui le rassure. L’autorité repose donc sur un juste équilibre entre bienveillance et fermeté
4. L’éducation « zéro-mépris »
Il nous semble évident de ne jamais mépriser un jeune, ne jamais le comparer aux autres, à ses frères ou ses cousins. Et pourtant, combien de fois ai-je entendu mes collègues ou des parents dire à un élève des phrases du genre : « mais ton frère, lui, en maths… ». Son frère, c’est son frère. Lui, c’est lui. Et plus vous le comparerez, plus il fera exprès d’accentuer les différences pour montrer sa personnalité, qu’il est bien lui ; lui, une personne à part entière.
Nous savons tous à quel point certains ont des difficultés à se mettre en route. Pourtant, il n’est jamais bon d’enfoncer ou de décourager. Combien d’entre nous avons entendu nos professeurs dire : « tu es nul », « tu es vraiment bouché », « on ne tirera rien de toi », etc. Cela nous a-t-il déjà aidé ? On a surtout tendance à retenir : « je suis nul, j’ai toujours été nul, je serai toujours nul ». Moi, ancien prof, j’ai appris que le regard positif était révolutionnaire et que, si on veut élever un jeune, il faut d’abord « l’élever à ses propres yeux ». Mais comment faire alors sans mépris, pour les motiver ? Eh bien, par la douceur. Oui, la douceur.
5. Un maximum de douceur
J’ai vraiment appris qu’on peut quasiment tout obtenir avec de la douceur. Je te dirai, par ailleurs, combien cette attitude est indispensable dans tout domaine, à commencer par celui de l’amour. Pour l’éducation, tandis que les principes précédents constituaient le fond, la douceur représente leur emballage. Or, nous savons combien les emballages et le design nous font acheter plus que l’utilité de l’objet en lui-même.
Nous sommes séduits par une image avant d’être séduits par son efficacité. Dans nos relations humaines, c’est à peu près pareil : nous sympathisons dès les premiers instants d’une rencontre, les premiers mots, l’impression générale, la forme finalement ! Il en est de même pour l’éducation. On peut demander avec douceur et être ferme. On peut dire « non » avec douceur. Et dans ces cas, on ne choque plus, on ne blesse plus, on ne méprise plus. On respecte, on considère, on estime, voire on aime, avec de la douceur.
Qu’il est donc difficile d’éduquer… Mais avant d’éduquer les autres, moi, ancien professeur, j’ai compris qu’il fallait d’abord m’éduquer moi-même.