05/01/2026

Le cercle vertueux de la seconde main

Un bien peut avoir plusieurs propriétaires : c’est le principe de la seconde main. Aussi appelé économie circulaire, cette forme de consommation responsable et économique connaît une évolution importante ces dernières années. Tour d’horizon.

Que recouvre l’économie de la seconde main ?

Dans les rayons de la Cop 5 pour 100 à Caen (Calvados), des crayons de couleurs de taille différente, parfaitement taillés et assemblés avec des élastiques par lots de douze côtoient des trousses et des classeurs déjà utilisés mais tout à fait présentables. En déambulant dans le magasin, on trouve aussi les grands classiques de la littérature ou encore des livres contemporains classés par auteur, des services de vaisselle de toutes sortes, des meubles et des jeux pour enfants – « tous les jeux ont été vérifiés et chaque puzzle a été refait », indique un panneau. Nous sommes dans une ressourcerie, où salariés et bénévoles collectent, valorisent et redistribuent les objets du quotidien pour leur offrir une seconde vie. Cette coopérative mêle réemploi et engagement social. Elle s’inscrit dans un vaste mouvement qui va du réseau Emmaüs, fondé il y a 70 ans et fort aujourd’hui de 500 points de vente, jusqu’aux initiatives locales comme les Scouts de Cluse (Haute-Savoie) ou le réseau Notre-Dame des Sans-Abris. Partout, de nombreuses boutiques offrent aux chineurs, aux économes et aux acheteurs soucieux de leur empreinte environnementale un lieu où trouver leur bonheur.  Autant de boutiques qui pratiquent la seconde main, le nom que l’on donne aux transactions impliquant la vente et l’achat de produits qui ont déjà été utilisés auparavant. Mais cette économie recouvre bien plus que cela : acheter une voiture d’occasion chez un concessionnaire, un téléphone portable ou un objet électro-ménager reconditionné, participer à une vente aux enchères ou à un vide-grenier, ou donner dans son entourage les vêtements trop petits de ses enfants, c’est aussi de la seconde main. Dès l’avènement d’Internet, le secteur avait investi la Toile, avec la naissance de sites comme eBay, pour les ventes aux enchères en ligne, ou le Bon Coin, pour les transactions entre particuliers. Mais la baisse du pouvoir d’achat, le désir croissant de consommation responsable chez les ménages et la crise du Covid ont accéléré la croissance du secteur, devenu incontournable au point que nombre de magasins classiques ont aussi développé leur rayon « seconde main ».

 

Acheter d’occasion, un acte responsable et avantageux…

Certes, la seconde main – autrement appelée économie circulaire – revient à la mode. Mais notre époque ne l’a pas inventée, loin de là : « le fait de donner une seconde, voire une troisième ou quatrième vie à un objet était le mode principal de consommation avant les Trente Glorieuses et l’apparition de la société de consommation telle que nous la connaissons », rappelle Caroline Vivant, fondatrice du site web lecaba.fr, une mine de conseils pour une consommation éco-responsable : la notion d’objet jetable n’existait pas, on possédait beaucoup moins de choses, et on les donnait, on les échangeait ou on les revendait ». A ses yeux, le premier avantage d’offrir plusieurs vies à des objets, quels qu’ils soient, est environnemental : « réutiliser plutôt que produire à nouveau provoque moins de tensions sur les ressources et génère moins de gaz à effets de serre, même en tenant compte des frais collatéraux de l’emballage et de la livraison », continue l’experte. Cerise sur le gâteau, alors que choisir une consommation écologique demande souvent un effort financier, « la seconde main, elle, est aussi très avantageuse économiquement », remarque Caroline Vivant. L’économie circulaire est aussi une manière de produire moins de déchets : « en achetant mes vêtements d’occasion et en les usant jusqu’au bout, puis en les réutilisant comme torchon ou pour protéger mon coffre, je suis contente de limiter les déchets », expose Béatrice. Depuis qu’elle a découvert le groupe Facebook Les Petites Nantaises, cette mère de famille de 38 ans n’achète plus que des produits d’occasion, en direct ou en ligne, qu’il s’agisse de meubles ou de vêtements : « ayant un garçon et une fille, je sais que les habits de mes enfants ne me resserviront pas et n’ai pas envie de mettre le prix de vêtements neufs », explique-t-elle. Depuis qu’elle a changé son mode de consommation, y compris pour elle-même, la jeune femme estime qu’elle a aussi « gagné en simplicité » : « cela a assaini mon rapport à la mode », affirme-t-elle. « Et les rares fois où je me suis retournée dans un magasin, j’étais incapable de faire un choix devant tant d’opulence, et de mettre 25€ pour un pull d’enfant ».

 

…et un engagement social

Car, au-delà de l’engagement individuel pour ce mode de consommation – de moins en moins -alternatif, l’achat d’occasion est l’occasion d’une réflexion collective. D’une part, il est profondément un acte social, quand les habitants d’un quartier louent un emplacement de trottoir au mètre – parfois avec quelques parents ou amis – pour y proposer les affaires qui traînaient dans leur grenier, ou que des amateurs d’art viennent flâner dans une brocante, sans parler de la Grande Braderie de Lille, qui attire chaque année 2,5 millions d’amateurs de bonnes affaires et de moules-frites, dans une ambiance conviviale et festive. Mais ses acteurs inscrivent souvent leur action dans un engagement plus large. A Caen, comme dans bien d’autres lieux similaires la ressourcerie Cop 5 pour 100 est bâtie sur tout un écosystème qui promeut l’engagement environnemental, mais aussi les dynamiques locales, le partage de savoirs ou encore l’insertion des plus fragiles : les 13 salariés peuvent compter sur l’aide d’une soixantaine de bénévoles pour le très chronophage tri des objets, et tiennent à côté de la boutique une épicerie et un café-cantine qui proposent une alimentation locale. Ils organisent des cours de bricolage ou de couture, ont récemment ouvert un service de location de vaisselle de réemploi pour les événements, qui fonctionne très bien, et ont construit des partenariats avec de nombreux acteurs du territoire. « Au-delà de la vente d’objets, notre démarche est de contribuer et à s’interroger collectivement sur les modes de production et de consommation », explique Laetitia Millon, coopératrice salariée de la coopérative. En dix ans d’activité, celle-ci a vu évoluer les mentalités : « on sent qu’on a un peu réussi à casser cette idée que le réemploi et la seconde main sont un mode de consommation pour les pauvres », se réjouit-elle, constatant par exemple que « de plus en plus de personnes sont prêtes à offrir un objet d’occasion ». Les pouvoirs publics ont eux-mêmes favorisé cette évolution, avec la loi AGEC (Loi anti-gaspillage pour une économie circulaire) qui impose aux acheteurs publics (État, collectivités territoriales…) l’acquisition de biens de seconde main, reconditionnés ou des biens neufs comportant de la matière recyclée, avec des objectifs chiffrés progressifs jusqu’en 2030. Pas assez pourtant au goût des personnes engagées dans l’économie circulaire : « nous ne comprenons pas, par exemple, pourquoi nous sommes soumis à la TVA, alors que les biens que nous vendons ont déjà été taxés. Ne plus y être soumis nous soulagerait beaucoup », reprend Laetitia Millon. Car si les consommateurs sont au rendez-vous, la concurrence est rude, notamment avec le secteur privé qui investit le marché de la seconde main, sans toujours se prévaloir de la même réflexion sur les modes de consommation. En témoigne cette grande enseigne d’ameublement qui rémunère les produits d’occasion en bons d’achats à valoir dans ses magasins, plus soucieuse de faire prospérer ses affaires que d’infléchir la surconsommation. Retrouvez quelques conseils des AFC pour bien acheter d’occasion.

 

Un marché encadré

Attention ! Qu’elles aient lieu entre particuliers, via des plateformes ou au sein de boutiques, les transactions de seconde main sont soumises à des règles, bien que différentes. La vente au déballage (vide-greniers, brocantes et braderies) est soumise à certaines conditions, telles que participer à deux ventes au déballage au maximum par an et vendre uniquement des objets personnels et usagés exclusivement. Les revenus issus de la vente ne sont pas imposables, sauf si les biens vendus sont des métaux précieux, ou, lorsque leur prix de cession est supérieur à 5 000 €, si les biens vendus sont des bijoux, des objets d’art, de collection ou d’antiquité. Quant aux professionnels qui vendent des produits d’occasion, ils sont soumis à toutes les obligations liées au commerce. Ils sont notamment tenus d’offrir la garantie légale de conformité, qui protège l’acheteur contre tous les défauts de fabrication lors de l’achat ou de la livraison d’un produit, que celui-ci soit neuf, d’occasion ou reconditionné. En cas de défaut, la garantie est de deux ans à compter de la délivrance du bien pour mettre en œuvre la garantie. Les particuliers, eux, ne sont soumis qu’à la garantie légale des vices cachés, plus difficile à mettre en œuvre. En cas de litige, il est possible de demander un dédommagement au vendeur. Certaines plateformes proposent un service de médiation, voire sécurisent la livraison en jouant un rôle d’intermédiaire : la plateforme reçoit l’argent et le vendeur ne perçoit les fonds qu’une fois que la plateforme a reçu confirmation de votre part de la bonne réception du colis.

Zoom sur Habits 16, la braderie permanente des AFC à Paris

Il y 18 ans, l’AFC de Saint-Honoré d’Eylau a ouvert une boutique d’occasion ouverte tous les jours de 11 h à 18 h, et le samedi matin de 10 h à 12 h, en dehors des vacances scolaires. Baptisée Habits 16, celle-ci collecte et propose des vêtements à petits prix, mais aussi des objets de brocante, des jouets et des livres à 2€ le kg, grâce à la mobilisation d’une vingtaine de bénévoles. Une manière de rendre service aux familles, mais aussi d’aider les plus démunis : les personnes accompagnées par des services sociaux bénéficient en effet de 80 % de réduction sur les articles, dans la limite de huit tous les trois mois. « Nos bénéfices nous permettent aussi de soutenir des actions des AFC, comme celles que mène la Confédération nationale des AFC ou la Quête pour la vie, ajoute Elisabeth Kneppert, cofondatrice d’Habits 16. Si elle est la seule boutique permanente, Habits 16 s’ajoute aux nombreuses braderies des associations locales qui marquent la présence des AFC sur le marché de l’occasion dans toute la France

 

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