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Vers l'économie du don ?

Notre monde n’a jamais voulu autant compter pour mieux vendre. Dès lors, se développe une consommation où, au don et au partage, se substitue la valeur monétaire. Le père Hervé Ponsot dominicain, nous accompagne ans cette réflexion.

Qui est-il ?
Le P. Hervé Ponsot est dominicain au couvent de Montpellier. Diplômé d’HEC, docteur en théologie, ancien directeur de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem et aujourd’hui, notamment, conseiller régional du mouvement entrepreneurs et dirigeants chrétiens, il écrit régulièrement sur son blog proveritate.fr.

La consommation peut-elle être gratuite ?

Vers le don dossier 185Pour commencer cet entretien, je ferais cette plaisanterie que l’on raconte souvent et qui résume bien le fonctionnement de notre société aujourd’hui. À un polytechnicien, un diplômé de sciences politiques et un diplômé d’HEC, on pose la question « Combien font deux et deux ? » Le premier répond brillamment quatre, le deuxième souhaite d’abord étudier le contexte et le troisième se demande si c’est pour acheter ou pour vendre… Dans notre monde, le chiffre a une dimension très prégnante, on passe tout à la moulinette du chiffre pour compter, pour mesurer, pour analyser… Les produits de consommation sont pensés et analysés à l’aune du chiffre. Or il ne s’agit pas seulement de savoir quelle valeur monétaire le produit va donner, mais sa finalité, à quoi il va servir. Nous fonctionnons toujours selon les mêmes modalités d’évaluation tout en oubliant le but et le bien commun.

Pourquoi le christianisme fonctionne différemment ?

Les chiffres sont malmenés par la Bible. Dieu inverse l’ordre : il ne prend pas pour prophète ou patriarche l’aîné mais le dernier de la famille. Quand David fait une recension du peuple, Dieu le blâme, parce que le nombre ne fait pas la force. Jésus-Christ dit que les premiers seront les derniers. Dans la Bible, la force est réalisée par l’amour et le don de soi. Le Dieu de la Bible ne mesure pas. Il nous donne un amour sans limite comme dans le mariage. D’ailleurs, l’absence de gratuité tue le don du mariage. La gratuité est une dimension fondamentale de l’être même de Dieu. D’une certaine manière, pour tendre vers Dieu, il faudrait tendre vers la gratuité. En cela, la gratuité du pardon est vertigineuse.

« La gratuité est une dimension fondamentale de l’être même de Dieu. D’une certaine manière, pour tendre vers Dieu, il faudrait tendre vers la gratuité. »

Dans quelle mesure, peut-on appliquer la gratuité de la bible au quotidien ?

Récemment, un jeune me parlait de ces fameuses « teufs », ces rave parties improvisées dans un terrain vague en évoquant leur gratuité. Mais c’est impossible ! Il y a toujours quelqu’un qui tire profit de ces organisations événementielles. De même qu’Internet et les applications et logiciels soi-disant gratuits alors que l’on tire bénéfice des données récoltées. La gratuité totale est une caractéristique qui n’est pas du monde, que l’on ne peut atteindre, mais vers laquelle on doit tendre.

Comment ?

Grâce à la vertu, par la générosité, par la charité qui est l’amour qui se vit en Dieu, et qui nous est sans cesse offert. En mourant sur la Croix, le Christ a réalisé l’acte le plus gratuit de ce monde, parce qu’il n’est motivé par rien d’autre que le don qu’il fait et qu’il accepte totalement. À l’inverse, Adam et Ève sont embarqués par le tentateur dans l’antigratuité : « Vous serez comme des dieux », dit ce dernier. Il faut opposer le don et la possession, ce qu’on retrouve très bien d’ailleurs dans le débat éthique actuel : dans le cas de la PMA, je ne veux pas être limité dans ma volonté ; dans le cas de la GPA, on loue un ventre. Il est urgent de revenir à la société du don.

« Il ne s’agit pas de savoir quel valeur monétaire le produit va donner, mais sa finalité, ce à quoi il va servir. Nous fonctionnons toujours selon les mêmes modalités d’évaluation tout en oubliant le but et le bien commun »

Avez-vous des exemples concrets de ce qui pourrait y participer ?

Beaucoup d’initiatives le permettent. Le tissu associatif et ses bénévoles en sont un exemple, j’ai pu voir encore une fois un nombre impressionnant d’associations lors du forum des associations à Montpellier en septembre dernier. Dans notre communauté de Lille, il y a dix ans, nous avons fondé un site Internet : Retraite dans la ville. Il draine aujourd’hui plus de 150 000 personnes. Il est gratuit au sens économique. Tout ce qui est proposé est offert, l’accès est libre. Si vous êtes satisfait, vous avez la possibilité de faire un don. Il s’avère que c’est rentable. Il existe bien une économie du don, que l’on retrouve d’ailleurs dans le domaine de l’écologie. En France, près de 100 000 personnes reviennent par an à la terre. Les circuits courts, le troc, on assiste à de nouveaux modes d’échange dont le contrôle n’est pas forcément fi nancier. Dans la famille aussi, dans ma famille dominicaine, mais aussi dans la cellule familiale, on donne beaucoup de soi pour son bon fonctionnement.

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