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Demographie-conditions de vie

Y a-t-il un contexte économique pour accueillir des bébés ?

En s'interrogeant sur le degré de sensibilité de la fécondité par rapport à la conjoncture économique, une étude publiée par l'INED (http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/publications/pop_soc/bdd/publication/1536/) met en évidence des enseignements importants concernant le rôle de la politique familiale et sa juste compréhension, notamment comme moyen de lever les freins pesant sur l'accueil de l'enfant.

L'auteur commence par noter que « contrairement aux attentes, le nombre de naissances a continué d'augmenter en France en 21010 malgré la crise économique ». De fait, il semble que ce soit plutôt le calendrier des naissances qui soit retardé par une conjoncture économique peu porteuse et encore : cela vaut surtout pour le premier enfant et « le choix de retarder ou non une naissance dépend de la situation du couple, notamment s'il a lui-même ou non été touché par la crise en ayant par exemple perdu un emploi », surtout si c'est l'homme qui est au chômage.

L'auteur note également « si l'influence du chômage féminin sur la fécondité semble moins nette que celle du chômage masculin, c'est aussi qu'elle varie selon le niveau d'instruction et la position sociale. Chez les femmes les plus instruites, diplômées de l'enseignement supérieur, le chômage et la baisse de confiance dans l'avenir tendent à retarder la première naissance, tandis que c'est l'inverse pour les moins instruites : le chômage semble accélérer la naissance du premier enfant ».

D'aucuns pourraient conclure que la maternité est une forme de refuge pour des femmes en situation économique précaire. Il semble cependant plus pertinent de montrer que la politique familiale remplit pour elle un de ses objectifs : lever les freins pesant sur l'accueil de l'enfant (freins qui sont de natures très diverses : financiers, mais aussi liés au temps disponible, à l'accès aux modes de garde...).

Mais, la politique familiale ne peut remplir ce rôle efficacement, ne peut permettre de lever certaines inquiétudes et incertitudes que si elle est durable dans le temps et cohérente. A l'heure où nombreux sont ceux qui s'interrogent sur la nécessité et la lisibilité de la politique familiale, cette étude vient à point nommé rappeler que ces deux critères sont tout sauf anecdotiques. Reste à savoir quels dispositifs ambitieux mettre en œuvre pour que cette confiance permise par la politique familiale soit perceptible de façon moins liée à la position sociale et ainsi permettre à tous les couples d'accueillir le nombre d'enfants qu'ils souhaitent.

Y a-t-il une saison pour faire des enfants ?

Tel est le titre du dernier numéro de Population et sociétés, publiée par l'INED.

Le sujet pourrait paraître anecdotique. Il est cependant révélateur des modalités contemporaines de l'accueil de la vie et de la nécessité d'agir pour sortir d'une vision partielle de la relation conjugale qui s'exprime dans le « couple plaisir ».

En effet, les auteurs notent que la saisonnalité des naissances s'est atténuée au XIXe et XXe siècles. Le pic des naissances s'est déplacé de mai à septembre pour arriver à une situation paradoxale où « le printemps rassemble à lui seul les trois-quarts des préférences [d'accouchement des femmes] et, à l'inverse, septembre qui est aujourd'hui le mois le plus fécond de l'année n'est cité que par 2 % des femmes ». Et les auteurs d'avancer que « ce « paradoxe de la saison de naissance » - il naît davantage d'enfants à une période où le moins de femmes souhaitent accoucher - pourrait s'expliquer par le fait que les couples ignorent qu'une grossesse ne s'obtient pas forcément dès le premier mois après l'arrêt de la contraception et qu'il leur faut souvent plusieurs mois pour concevoir ». Certains voudront sans doute voir aussi dans ce paradoxe des motivations plus pragmatiques liées à l'optimisation des congés parentaux.

Corollaire, particulièrement saisissant, de ce constat sur le pic de naissance en septembre, celui d'un pic de conceptions autour de la Saint-Sylvestre, phénomène qui, peut-on lire, « se retrouve également dans beaucoup d'autres pays » : « les conceptions donnant lieu à une naissance vivante sont presque deux fois plus nombreuses ce jour-là que tout autre jour de l'année ». On ne pourra que donner crédit à l'explication avancée suivant laquelle à cette date, « les couples cherchant à concevoir ... sont alors probablement plus nombreux à être réunis ». Les auteurs ajoutent à ces conditions saisonnières un autre trait, semble-t-il aussi saisonnier, mais bien plus dramatique dans ses effets, « une moindre vigilance contraceptive pour les autres. Le nombre d'IVG pour des grossesses démarrées ce jour-là est en effet trois fois supérieur à celui d'un jour normal ». Cette baisse de vigilance qui concernerait l'ensemble des moyens contraceptifs.

Que conclure de cette étude ? Tout d'abord le lien existant entre contraception et avortement : la diffusion de l'une, ne fait pas régresser l'autre. Ensuite, cela amène à se poser la question de l'ouverture à la vie dans le cadre d'une sexualité conçue et organisée autour du plaisir.

Pour les AFC, il y a là une motivation supplémentaire à développer des actions dans le domaine de l'éducation affective et sexuelle pour rappeler que l'amour est une relation qui permet de se réaliser mutuellement en totalité. Il vient aussi mettre en évidence qu'aimer doit engager toute la personne et que le bienfait de l'amour est l'épanouissement à la fois des sentiments, de la psychologie, de l'intelligence, en même temps que du corps...

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