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Demographie-conditions de vie

Le « travail invisible » en France : éclairages d’une étude de l’INSEE

Une récente étude de l’INSEE  apporte des informations intéressantes sur l’ampleur du « travail domestique » en France, suivant les termes utilisés dans ce document.

 Faisant référence au rapport Stiglitz, les auteurs signalent d’entrée : « À côté du travail rémunéré, nous accomplissons chaque jour diverses tâches domestiques : cuisine, ménage, courses, soins aux enfants ou aux personnes âgées... Ce travail non rémunéré représente des services. Il participe donc au bien-être matériel de la population, sans pour autant apparaître dans la production nationale, telle que mesurée par le produit intérieur brut (PIB). Le rapport Stiglitz, qui traite de la mesure du bien-être « au-delà du PIB », souligne ainsi la nécessité de mesurer cette production domestique, pour la prendre en compte dans le calcul du niveau de vie des ménages. Les données de l’enquête Emploi du temps menée par l’Insee en 2010 (sources) décrivent précisément l’usage du temps de la population résidant en France ; elles permettent donc d’estimer les heures que nous consacrons à de telles tâches ». Ce faisant, ils posent évidemment la question de la légitimité de l’équivalence entre ce qui est gratuit, au sein de la famille, et le travail rémunéré et, plus largement, celle de l’harmonisation et celle des rythmes de vie au sein de la famille, enjeu qui est appelé à s’inviter aux réflexions en cours et à venir sur la « refonte de l’école » et sur la politique familiale.

 La perspective est suffisamment précise pour permettre d’avoir des données chiffrées éclairantes : « En 2010, une personne de 11 ans et plus résidant en France consacre en moyenne 2 heures et 7 minutes par jour aux activités du cœur du travail domestique, soit près de 15 heures par semaine. Avec la définition intermédiaire, elle y consacre 3 heures par jour et 21 heures 30 minutes par semaine respectivement, tandis que la définition extensive porte ces durées à près de 4 heures par jour et plus de 27 heures par semaine.

Ainsi, sur l’année, les Français consacrent en moyenne 765 heures au cœur des tâches domestiques, dont 217 heures à la cuisine, 199 heures au ménage, 118 heures aux soins matériels des enfants (les laver, les nourrir, les accompagner...), 69 heures à l’entretien du linge (lessive, repassage)... Le périmètre intermédiaire y ajoute principalement 129 heures passées à faire des courses, 74 heures de bricolage, 63 heures de jardinage, 30 heures d’activités liées aux enfants (graphique), tandis que le périmètre extensif ajoute encore 253 heures par an de trajets en voiture ».

 On y distingue trois périmètres d’activités domestiques, signe que les définitions en la matière ne sont pas unanimes : restreint, intermédiaire, extensif (voir les détails dans l’étude). A partir de là, les auteurs relèvent que « les durées consacrées aux tâches domestiques sont très variables selon le sexe, l’âge, le fait de vivre en couple et le nombre d’enfants du ménage. En 2010, une femme vivant en couple et mère d’un ou plusieurs enfants de moins de 25 ans, réalise en moyenne 28 heures par semaine de tâches du périmètre restreint, 34 heures avec le périmètre intermédiaire et 41 heures avec l’extensif, contre 11, 17 et 23 heures respectivement pour un homme vivant seul ». De quoi donner du grain à moudre aux partisans de la parité ? C’est là évidemment un angle possible, dans une optique centrée sur une approche comptable du temps en famille, du temps qu’il faudrait parvenir à concilier avec les autres temps. Une telle approche ne rend pas compte de ce qui se vit au sein de la famille : le partage des tâches ne saurait être résolu de façon satisfaisante, eu égard à ce à quoi aspirent à vivre nos concitoyens, par une approche arithmétique, mais plutôt par une réflexion précise sur la conjugalité.

L’endettement, une question familiale

Selon une récente enquête de l'INSEE (Endettement domestique des ménages au début 2010), un peu moins d'un ménage sur deux (47%) était endetté en France, début 2010. Le montant moyen d'endettement restant à rembourser s'élevait à cette date à 61 900 euros. Pour la moitié d'entre eux, ce montant est inférieur à 20 900 euros.

Bien que portant sur 2010, l'étude livre des précisions sur le profil financier des ménages français. Plus le niveau de vie augmente, plus l'endettement est élevé. Ainsi, plus d'un tiers des ménages disposant d'un niveau de vie inférieur à 15 000 euros (soit 44% des ménages) est endetté contre plus de la moitié de ceux dont le niveau de vie se situe au-dessus. Les ménages les plus modestes prennent essentiellement des crédits à la consommation, alors que les autres contractent plutôt des crédits pour l'acquisition de leur résidence principale. Reste que les ménages ayant un faible niveau de vie subissent des charges de remboursement élevées par rapport à leurs revenus. On touche ici directement à la question du surendettement : « Un faible niveau de vie implique en général de faibles montants d'endettement, mais des taux d'effort importants : parmi les ménages endettés ayant les niveaux de vie les plus bas (inférieurs à 10 000 euros par an), un sur cinq rembourse l'équivalent de plus de 45 % de son revenu. Ces ménages constituent également la catégorie la plus fragile des détenteurs de crédit à l'habitat : ils sont près de 40 % dont le taux d'effort est supérieur à 45 % ».

Globalement, 28,4% des ménages en France ont un crédit immobilier, 27,2% un crédit à la consommation et 2,4% un endettement pour motif professionnel.

Par catégorie d'âge, ce sont les ménages jeunes qui sont les plus endettés. 68,5% des 30 à 39 ans et 66,5% des 40 à 49 ans ont un prêt pour un montant moyen de 88 900 euros pour les premiers et 71 300 euros en moyenne pour les seconds.

Cette étude illustre les questions et les réflexions en cours sur le fichier positif, auxquelles la CNAFC participe de façon active.

Secours Catholique 2012 - Regards sur 10 ans de pauvreté

Dans son dernier rapport statistiques, Regards sur 10 ans de pauvreté, le Secours Catholique constate que, depuis 2000, « le nombre de situations de pauvreté n'a que relativement peu augmenté." En revanche, il note que, si au début des années 2000, la principale cause de pauvreté était essentiellement un « accident de la vie » (séparation conjugale, perte d'emploi, accident de santé...), elle glisse aujourd'hui davantage vers « l'insuffisance chronique des ressources des familles en rapport avec les charges croissantes auxquelles elles sont confrontées ». Par ailleurs, la pauvreté touche davantage les femmes, surtout dans le cas d'une famille monoparentale. Ces constats soulignent, entre autres, les effets de la crise économique, auxquels les ménages modestes sont le plus exposés, à commencer par la recrudescence du chômage signalant au passage un des facteurs explicatifs de la pauvreté, et les mesures d'aides ponctuelles sociales et fiscales mises en place par l'Etat pour y remédier. Ces mesures ont ainsi permis de diminuer le taux de pauvreté de 0,2 points en 2009. Elles n'ont ainsi permis que de limiter certains effets de la crise. Ce constat pose, plus largement, la question des buts de la politique sociale et des moyens de développer des actions de « promotion », c'est-à-dire de sortie de la situation de pauvreté, et de prévention du risque de pauvreté.
Parmi elles, les Associations Familiales Catholiques appellent à une action vigoureuse de revalorisation de la relation au travail et de libération des capacités de la France à susciter une croissance économique durable et créatrice d'emplois (coût de la main d'œuvre, lutte contre le dumping social, encouragement de l'investissement productif, accroissement de l'employabilité des Français...).

Actualités des familles La Croix