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Féminin et Masculin dans les Programmes et livres de SVT de Première L et ES

Quelques illustrations de nombreuses questions que posent les manuels de SVT

Le programme actuel en première L et ES

Depuis 10 ans, le programme porte sur

- la reproduction : Cycle féminin, production des gamètes, rencontre des gamètes et début de la grossesse ;
- la maîtrise de la reproduction : régulation des naissances (IVG est un ultime recours) et aide médicalisée à la procréation.
Ces sujets ne sont pas traités en Première S.

Le projet de Programme (Consultation de tous les profs au cours du mois de mai 2010)
Deux grands chapitres en Première L et ES :
- Prendre en charge de façon conjointe et responsable sa vie sexuelle : Contraception jusqu'à l'IVG, PMA et IST
- Devenir homme ou femme

Deux points délicats dans ce second thème :
- Dans « Notions et contenus » : « Hormis quelques rares régions du cerveau (hypothalamus), les différences anatomiques et physiologiques dues à l'influence des hormones sexuelles entre les cerveaux masculin et féminin ne sont pas plus importantes que les différences entre individus de même sexe »
- Dans « Compétences exigibles » : « Discuter la validité scientifique et le caractère parfois idéologique des opinions visant à différencier un cerveau masculin d'un cerveau féminin »

Féminin et masculin entrent au programme de Première S avec 2 thèmes
- Devenir homme ou femme (les différentes étapes du développement)
- Sexualité et bases biologiques du plaisir : introduction du « Système de récompense » : « L'activité sexuelle déclenche un comportement orienté vers la recherche du plaisir qui repose notamment sur des bases biologiques, en particulier l'activation dans le cerveau des « systèmes de récompense » ».

Le nouveau programme pour 2011-2012
Trois thèmes :
- Prendre en charge de façon conjointe et responsable sa vie sexuelle :
o Connaissance des fonctionnements hormonaux pour connaitre les modes d'action de la CO, de la contraception d'urgence et de l'IVG médicamenteuse.
o PMA
o IST
- Devenir homme ou femme : mise en place du fonctionnement des appareils sexuels. Apprendre à différencier l'identité sexuée et l'orientation sexuelle.
- Vivre sa sexualité : les hormones et le système de récompense (« Au cours de l'évolution, l'influence hormonale dans le contrôle du comportement de reproduction diminue et, corrélativement le système de récompense devient prépondérant dans la sexualité de l'Homme et plus généralement des primates hominoïdes. Les facteurs affectifs et cognitifs, et surtout le contexte culturel, ont une influence majeure sur le comportement sexuel humain »).

Le pré-programme a donc été largement revu, les affirmations frontales du gender ont été gommées, mais restent présentes. Le système de récompense qui explique scientifiquement le plaisir a été introduit.

En Première S, pas de modification par rapport au pré-programme, sauf l'ajout d'une phrase en préambule, phrase qui se trouve aussi pour les L et ES : « On saisira l'occasion d'affirmer que si l'identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l'orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée. Cette distinction conduit à porter l'attention sur les phénomènes biologiques concernés ».

Les livres de Première ES et L (Belin, Bordas, Hachette et Hatier)
Ces livres contiennent de la documentation et des exercices, ils ne sont pas un cours à proprement parler.
C'est important à noter parce qu'ils ne se présentent pas avec une démarche intellectuelle construite mais comme des recueils de documents illustrant les sujets du programme. Ce sont les professeurs qui font le cours, le livre de l'élève est un livre d'exercices. Une demi-page d'info sur « le troisième genre en Polynésie » (hommes élevés comme des femmes dès la naissance) ou une page entière sur la « gestation pour autrui » ont le statut d'illustrations, d'exemples.

Prendre en charge de façon conjointe et responsable sa vie sexuelle

La reproduction sexuée et la transmission de la vie sont vues en quatrième. Elles ne sont pas revues ici, contrairement au programme précédent. La transmission de la vie est donc vue une fois, à l'âge de 13 ans, et ne sera plus abordée dans le parcours scolaire. En revanche, il s'agit de la seconde fois où les moyens contraceptifs, IST et PMA sont abordés.

Les méthodes naturelles ne sont pas citées. La contraception orale au long cours, contraception d'urgence et IVG médicamenteuses sont traitées sur le même plan.
La PMA est la seule réponse à l'infertilité.
Les réponses aux IST sont la vaccination et le préservatif.

La dimension sociologique de ces questions est abordée : Belin relève le « long combat » pour la maitrise de la procréation et situe les différentes législations ouvrant la PMA aux hétérosexuels et aux femmes seules en Europe.
Bordas consacre presque une page à la gestation pour autrui, deux pages sur la « longue marche vers la maitrise de la procréation ».
Hachette : tente une approche éthique de la PMA avec 2 exemples de femmes ayant procréé à 59 et 70 ans, parle de Simone Veil : « Une femme au destin exemplaire » en regard d'une citation de catholique.org sur l'homosexualité....

Devenir homme ou femme
Il s'agit du chapitre qui développe la théorie du genre avec, schématiquement, deux parties :
- Une première partie scientifique décrit toutes les étapes de l'embryon jusqu'à la puberté avec les anomalies qui peuvent interférer.
- Une seconde partie sociologique s'attache à montrer la différence entre identité sexuelle et orientation sexuelle.

Pour la partie scientifique, c'est assez constant d'un livre à l'autre :
- A partir d'une même ébauche embryonnaire, indifférenciable entre les deux sexes entre la conception et 8 semaines de vie, vont se développer l'appareil reproducteur masculin ou féminin sous l'influence de la testostérone ou de son absence. Puis les transformations pubertaires sont décrites.
- Toutes les éditions consultées ont fait le choix de parler des anomalies de la différenciation sexuelle (pseudohermaphrodismes) qui montrent qu'il peut exister une dissociation entre le caryotype (sexe chromosomique), le sexe gonadique (testicules et ovaires) et le sexe phénotypique (aspect des organes génitaux externes). C'est le cas de Belin, Hatier, Bordas et Hachette.

Ces études pathologiques ne figurent pas au programme mais permettent de laisser entendre scientifiquement qu'il n'y a pas une histoire linéaire simple depuis les chromosomes jusqu'à la puberté. La fréquence de ces anomalies n'est notée que chez Hatier et Bordas (1/20 000 naissances). Pour Belin qui traite d'anomalies rarissimes (1/100 000 naissances pour le testicule féminisant, mais le chiffre n'est pas donné). Ce n'est pas anecdotique (3 pages sur 10) chez Bordas, par exemple. Il s'agit là d'un raisonnement permettant de justifier le général par le particulier, en l'occurrence, par le pathologique.

La partie sociologique
Elle répond aux impératifs du programme : « Différencier, à partir de la confrontation de données biologiques et de représentations sociales ce qui relève :
- de l'identité sexuelle, des rôles en tant qu'individus sexués et de leurs stéréotypes dans la société, qui relèvent de l'espace social;
- de l'orientation sexuelle qui relève de l'intimité des personnes ».
Les cas particuliers viennent justifier cette différence ainsi qu'un certain nombre d'affirmations.
Belin : Parle des anomalies de la puberté (castrats et tumeurs bénignes des ovaires) et évoque « Un troisième genre reconnu en Inde ».
« L'identité sexuelle, c'est le fait de se sentir totalement homme ou femme. Ce n'est pas si simple ! En effet, en dehors de l'anatomie et des hormones, chacun apprend à devenir homme ou femme selon son environnement et l'éducation reçue.
Il existe un autre aspect encore plus personnel de la sexualité : c'est l'orientation sexuelle. Je peux être un homme et être attiré par les femmes. Mais je peux aussi me sentir 100% homme viril et être attiré par les hommes. Et je peux être une femme attirée par les hommes ou une femme attirée par les femmes ».
Bordas : Photos de manifestations de personnes transsexuelles, de SOS homophobie, « Un troisième genre reconnu en Polynésie ».
« L'identité sexuelle est le fait de se sentir totalement homme ou femme. Et ce n'est pas si simple que cela peut en avoir l'air! Cette identité dépend d'une part du genre conféré à la naissance, d'autre part du « conditionnement social ». En effet chacun apprend à devenir homme ou femme selon son environnement, car on ne s'occupe pas d'un petit garçon comme d'une petite fille : on ne les habille pas de la même façon, on ne leur donne pas les mêmes jouets... ».
« Si, dans un groupe social, il existe une très forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que les jeunes apprennent des scénarios hétérosexuels ».
Hachette: « Seul sexe bien établi, le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle, mais ce n'est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de masculin ou de féminin ».
« L'orientation sexuelle se révèle en général pendant l'adolescence en même temps que la découverte de son corps et de celui des autres, étapes nécessaires pour trouver son équilibre. Mais durant cette période de fragilité psychologique et affective, il est souvent difficile de faire face à une orientation différente de la norme hétérosexuelle. Une certaine souffrance peut ainsi prendre forme, qui est davantage issue de l'acceptation par l'entourage et par la société que d'un mal-être personnel intérieur ». Et plus loin : « La société construit en nous, à notre naissance, une idée des caractéristiques de notre sexe. Ce qu'on appelle le genre, c'est cette construction sociale autour du sexe ».
Hatier : « En sociologie, l'identité sexuelle (ou identité de genre ou identité sexuée) se réfère au genre par lequel une personne est socialement reconnue ».

 

Vivre sa sexualité
Cette dernière partie comporte 3 items. Elle est traitée avec de fréquents allers et retours entre l'homme et l'animal, montrant l'absence de sens de la sexualité humaine autre que le plaisir.
- l'importance du contrôle hormonal de la sexualité chez les mammifères non primates et l'importance du comportement de reproduction. Plus on s'élève dans l'évolution (primates hominoïdes), moins le contrôle hormonal est important et plus l'influence du « système de récompense » est important. Et donc « L'évolution du « comportement de reproduction » vers un « comportement érotique » est graduelle : elle traduit l'évolution du cerveau des mammifères » (Bordas).

- Elle développe ce qui est appelé « système de récompense » : l'activation des neurones faisant partie du circuit de récompense est responsable d'une sensation de plaisir. Les zones du cerveau responsables de la mémoire étant aussi activées, nous aurons donc tendance à reproduire les actions suivies d'une sensation de plaisir.

- Enfin, dernier objectif du programme : « Les facteurs affectifs et cognitifs, et surtout le contexte culturel, ont une influence majeure sur le comportement sexuel humain ».

Belin rappelle que l'avènement du monothéisme en Occident a fait de la masturbation un péché, ce qu'elle n'est plus depuis 1970 (!)
Hatier nous rapporte l'exemple des esquimaux qui mettent leurs femmes à disposition de leurs hôtes
Belin nous explique que les Tonga (Afrique du Sud), contrairement aux Occidentaux, ne s'embrassent pas sur la bouche.

En conclusion
La « théorie du genre » ne se développerait pas aussi facilement sans une telle absence de vision du sens de la sexualité humaine et donc à la fois de l'altérité et de la complémentarité des sexes.

Ce que retiendront les jeunes, plus que les messages négatifs que nous soulignons, sera l'absence de message sur le sens de tout cela, c'est à dire un message de « non-sens ».
Enfin, nous y sommes habitués mais les atteintes à la vie ne sont pas le moindre des problèmes que posent ce programme et ces livres.

Quatre thèmes sont discutables :
- Avant tout, les choix qui sont faits. Devant la masse de connaissances scientifiques disponibles, pourquoi avoir choisi ces thèmes ? Et pourquoi avoir fait l'impasse sur d'autres tout aussi importants dans la construction individuelle : la transmission de la vie gagnerait à être revue, une meilleure connaissance du cycle féminin, de la production des gamètes et de la conception permettrait, en particulier, une meilleure prévention des grossesses non désirées.
- L'orientation sexuelle s'imposerait à la personne. Mais ce n'est pas du tout dans les mêmes proportions, contrairement à ce qui est sous-entendu : l'homosexualité reste une orientation minoritaire.
- La dissociation entre le génotype et le phénotype qui est présentée comme une variante de la normale, non chiffrée, essayant ainsi de légitimer scientifiquement, par la pathologie et l'anecdotique, les fluctuations de l'identité et de l'orientation sexuelles du gender. La même manipulation de raisonnement est utilisée en présentant un « troisième genre » en Inde et en Polynésie, alors même qu'il s'agit de cultures radicalement différentes de la nôtre.
- De nombreuses affirmations à propos du gender ont le statut d'opinion ou de courant « philosophoco-sociologique » mais n'ont pas le statut de science exacte. Qu'en dirait l'Académie des sciences ou l 'Académie de Médecine ? Certains philosophes (X. Lacroix) ou psychiatres ont une autre vision en disant, eux, que l'identité sexuelle s'ancre dans la génération : « je suis une fille parce que je nais d'un corps de même sexe que le mien ou, je suis un garçon parce que je nais d'un corps de sexe différent ».

 

 

 

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